| Quand la faim t’importune, il n’y a pas de pain dur |
| Masqué l’infortune sous des coups de peinture |
| Se serrer la ceinture, cette vie c’est la nôtre |
| Je reste un enfant pas vraiment comme les autres |
| Honnête est ma famille, je ne baisse pas les yeux |
| Nous ne faisons partie d’aucun réseau mafieux |
| Sous mon foulard pailleté, les mains sur le chauffage |
| Décembre et pauvreté ne font pas bon ménage |
| Étrangement souvent, le malheur rend lucide |
| M’aperçois constamment de la peur qu’on suscite |
| Lorsqu’ils nous diabolisent, nous toisent avec honte |
| Pour eux on symbolise toute la misère du monde |
| Mendier pour des centimes, piocher dans les ordures |
| Dénouement n’est pas vice mais les regards sont durs |
| Je patiente impassible, leur visage en dit long |
| Invisible dans mon survêtement de nylon |
| Un accordéon, des chansons d’autrefois |
| Sous un pont du périph' loin des rues de Sofia |
| Harcelé par le froid, ils ne prennent pas de gants |
| Quand la police française vient pour raser nos camps |
| Un morceau de soleil, un espoir éphémère |
| Seulement fuir la misère le temps d’un hiver |
| Petite fille venue de Bulgarie |
| Ici comme ailleurs je n’ai droit qu’au mépris |
| Un morceau de soleil, un espoir éphémère |
| Seulement fuir la misère le temps d’un hiver |
| Quelques airs de violon sous la tôle ondulée |
| Entre toiles et cartons nous voir déambuler |
| En temps d’austérité le rejet fait recette |
| Ici des ministres nous chassent comme des bêtes |
| On nous traîne dans la boue à la une des journaux |
| Ne rêve pas d’opulence mais d’un nouveau manteau |
| Sous de longs cheveux noirs, ma figure juvénile |
| Dans notre bidonville, sans état civil |
| Fillette aux yeux verts, à la peau teintée d’or |
| L’enfer est temporaire, la foi nous réconforte |
| Nous sommes toujours la cible d’images éculées |
| Le maire de ma ville voudrait nous voir brûler |
| Galeux de notre époque, on demeure un mystère |
| Les damnés de l’Europe comme seul bouc-émissaire |
| Expulsés comme des pestiférés |
| Si loin du quotidien de leur jeunesse dorée |
| Notre seule présence engendre la colère |
| C’est dans l’indiffère ce que l’on vit nos calvaires |
| Mauvaise conseillère, la crainte est de mise |
| Éternel itinérance en Terre promise |
| Les gens biens nous maudissent mais j’en ai l’habitude |
| Je m’appelle Alice et rêve de canicule |
| J’aurais voulu la France, celle qui t’accueille |
| Pas celle qui n’avance seulement que pour sa gueule |
| On brûle les villages des Roms |
| On vit encore moins bien que des sauvages |
| On les empêche de vivre |
| On sait plus quoi faire dans cet endroit misèrable |
| Nous ne sommes pas là pour accueillir ces populations |
| Et il faut les renvoyer chez eux |
| Les Roms ont vocation à rester dans leur pays et à s’y intégrer, là-bas |